Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 3 (1888)
- Article
- Le livre d'Esther et le palais d'Assuérus
- Date
- 1888-01-01
- Page
- Seite CCLXXXVI (sequence 22)
- Language
- French
- Belongs to
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CGLXXXV1 ACTES ET CONFÉRENCES des mêmes sièges que leur souverain et n'ont-ils le .même droit de s'appuyer sur un long bâton. On accorde encore à Mordekbaï la permission de revêtir sans une invraisemblance choquante, la robe du roi, car l'habit militaire d'un empereur d'Allemagne ne diffère guère de celui de ses généraux. Mais la couronne! Le dilemme se pose aussitôt : ou l'auteur du livre d'Esther est le narrateur ignare d'une histoire apocryphe, ou c'est le cheval de Mordekhaï qui porte ou a porté la couronne sur la tête; et il n'est pas de torture que l'on ne fasse subir à la syntaxe, pour la rendre complice de cet expédient. La morale de ces faits se déduit en deux lignes : pour apprécier la densité relative des corps, il faut toujours les placer dans le même milieu. L'agate qui tombe au fond de l'eau surnage le mercure. Je ne puis terminer la description du costume royal sans parler de la robe médique, blanche et violacée (Kélchîleth), que la Bible donne aux souverains achéménides. Ce vêtement, exhumé du Memnonium, pare les gardes de Darius. Quant au manteau blanc rayé de pourpre, il est bien connu des auteurs anciens, qui le comparent à la toge consulaire. Il est souvent fait allusion aux dépêches écrites par la chancellerie t{ ... pour chaque province dans son écriture, pour chaque peuple dans sa langue... et remises à des courriers du palais montés sur des chevaux issus d'étalons royaux...» Ces indications sont de la plus rigoureuse exactitude : les inscriptions officielles des Achéménides étaient rédigées en trois langues, l'organisation de la poste sur toutes les routes militaires de l'empire, remontait à Darius. Hérodote nous a même conservé le nom perse des courriers, « Angarèe », et celui de la race des étalons. Les chevaux « nisêens » étaient élevés pour le service du chef de l'Etat dans les vallées de la Médie. Je ne conduirai pas plus avant ce commentaire. Les derniers chapitres du livre d'Esther sont des chants de triomphe empreints d'une exagération excessiye, mais bien naturelle. La précision arithmétique et l'impartialité ne sont pas les qualités ordinaires d'un auteur oriental, à plus forte raison d'un oriental intéressé dans une cause, enivré d'orgueil, grisé par le triomphe