Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 3 (1888)
- Article
- Le livre d'Esther et le palais d'Assuérus
- Date
- 1888-01-01
- Page
- Seite CCLXXXV (sequence 21)
- Language
- French
- Belongs to
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LE LIVRE D'ESTHER ET LE PALAIS D'ASSUÉRUS CGLXXXV tuaires de la royauté. Le vêtement, la coiffure, les bijoux,les armes, semblaient communs au roi et aux premiers de ses sujets. Les Immortels eux-mêmes portaient la couronne et la robe médique : Hérodote nous l'avait appris, Suse Ta confirmé. Aussi bien, la description du triomphe de Mordekhaï me semble-t-elle aussi vraisemblable que bien observée. Le roi de Perse décernait les récompenses décrites dans les derniers versets du chapitre vi. « ... A l'homme que le roi veut honorer il faut apporter un costume royal que le roi a porté, amener un cheval que le roi a monté, donner une couronne que le roi a coiffée, remettre les habits à un seigneur de la cour pour en revêtir l'homme que le roi veut honorer... » « Aux hommes que les rois de Perse veulent honorer ils offrent une robe médique, c'est-à-dire la robe de cour » , nous apprennent de leur côté les historiens grecs. « Khalatrâ pouchid », dit-on à la cour de Nasr ed-din Chah, quand un fait pareil se présente, litt. : « 11 a revêtu le Malat », c'est-à-dire la pelisse de cachemire déjà portée par le Chah et donnée comme suprême récompense aux plus fidèles serviteurs. Tel est le cas de Mordekhaï : îchalatra mipotiehed, il revêt simplement le khalafc, mais pour cela ne s'habille pas en roi, car la robe, pas plus que le cheval ou la couronne, ne sont les apanages exclusifs du monarque. Si je m'arrête sur des détails futiles d'apparence, c'est qu'ils donnent la juste mesure des critiques faites au livre d'Esther par des philologues restés étrangers à des mœurs qui nous reportent au cœur de la Perse et à vingt-quatre siècles en arrière. Tant vaudrait regarder un paysage à travers l'objectif d'une chambre noire et prétendre, après cette expérience, que les gens ont les pieds en haut et la tête en bas, que d'étudier les coutumes de l'Orient à coups de dictionnaire. A ce métier les esprits les plus éminents feront fausse route, parce que, sans avoir conscience, ils mettront, soas la même toise l'Europe et l'Asie, le passé et le présent. Bien que le Grand Roi fût peut-être le seul homme de son immense empire à s'asseoir-et à porter une haute canne, aucun de nos modernes exégètesne songe à s'en étonner; les étudiants les plus ignorants comme les plus doctes professeurs n'usent-ils pas