Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 3 (1888)
- Article
- Le livre d'Esther et le palais d'Assuérus
- Date
- 1888-01-01
- Page
- Seite CCLXXXVII (sequence 23)
- Language
- French
- Belongs to
- chapter
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LE LIVRE D'ESTHER ET LE PALAIS D'ASSUÉRUS CGLXXXVH imprévu de ses coreligionnaires» Il faut savoir pardonner à l'annaliste biblique ses rodomontades innocentés et ses hâbleries , Anales, en faveur de ses efforts pour rester véridique dans les ' parties narratives de son oeuvre. Je réclame la même indulgence en faveur de son héroïne. Les * exégètes qui traitent d'apocryphes les personnages du drame font lin crime à la favorite d'avoir préparé la vengeance du peuple juif. Comme Macbeth, Esther n'effacera jamais le sang qui^ par deux fois, rejaillit sur ses mains. Les siècles ne tempéreront-ils jamais la partialité des jugements humains? Est-il des causes qui jouissent du triste privilège de ne pouvoir être portées devant un tribunal équitable? La reine n'est pas la goule féroce que des Allemands trop sensibles nous dépeignent. Loin de là. Belle à miracle, pure dans ses mœurs, fidèle à ses frères malheureux, courageuse jusqu'au martyre, terrible aux ennemis de sa race, la favorite d'Akhachvéroeh résume en elle toutes les grandes vertus de la femme antique. L'oubli des injures, la magnanimité dans le triomphe sont des anachronismes, pour les temps bibliques; quant aux mièvreries sentimentales, elles ne furent jamais de mise â la cour de Suse, je m'en porte garant. Je pense avoir montré, malgré l'avis de quelques philologues, que le livre à?Esther dépeint la cour du Grand Eoi. Le pour, Yanâeroun, le tihalat, l'infaillibilité, le costume médique ne ressortissent pas au fond commun des civilisations orientales, mais à l'Iran. Le palais d'Akhachvéroch suffirait pour caractériser une époque, un peuple, une ville. Malheureusement la conviction ne s'impose pas; seules les sciences mathématiques ont le privilège divin de laisser l'esprit en^ tièrement satisfait, parce qu'elles conduisent à la découverte de vérités absolues. Dans le monde des vérités relatives, on atteint pourtant à des résultats qu'il est difficile de nier. Ainsi on ne saurait contester la nationalité du chroniqueur et ses qualités maîtresses : l'auteur de la megMllah est un juif susien qui vit et visita le palais d'Artaxerxès Mnémon et se complut dans les descriptions précises. Hérodote, Plutarque, Maçoudi, l'histoire de la Perse, les bas-