Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 2 (1887)
- Article
- Sectes juives de la Galicie
- Date
- 1887-01-01
- Page
- Seite CLXI (sequence 21)
- Language
- French
- Belongs to
- chapter
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- IRI
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SECTES JUIVES DE LA GALICIE CLXI tout à fait le caractère et l'esprit du Karaïte. Ce n'est pas une histoire faite à plaisir, c'est un fait que je tiens dé mon père. Le comte Agenor Kracinski s'était marié à une jeune baronne Vodizka. Ainsi que l'avait souhaité la jeune femme, les jeunes mariés n'avaient point entrepris de voyage de noces, mais s'étaient installés dans le château retiré du comte, où la comtesse, dès le premier jour, suivant la vieille coutume polonaise, s'empara du trousseau de clefs et prit la direction de la maison. Le lendemain, la jeune femme entra dans la chambre de son mari en lui disant : <c II y a à la porte un homme très curieux qui a la physionomie d'un juif et paraît être un paysan galicien, si j'en jugé par sa stature et son costume. Il demande à te parler. » Le comte se mit à rire. « Mais oui! c'est mon facteur; c'est un juif, mais un Karaïte, et ceux-ci sont de véritables paysans, s'habillant comme des paysans. » Dans chaque maison seigneuriale de Galicie, on a un homme, ainsi appelé facteur, qui fait toutes les affaires et qui est toujours un juif. La plupart de ces facteurs juifs sont très fidèles et très honnêtes; ce sont les amis et conseillers de la maison. Cet emploi passe souvent d'une génération à l'autre. La comtesse fit entrer le Karaïte. Il se nommait Abel. C'était un homme grand et fort, ayant à peu près soixante ans. Ses cheveux et sa barbe étaient grisonnants; la figuré était honnête et ouverte. Il ne portait pas les deux boucles des autres juifs polonais.il était vêtu comme nos paysans, avec ses bottes montantes, son pantalon bouffant aux genoux; son habit long, de gros drap, était serré à la taille par une ceinture de cuir non travaillé; sa tête était couverte d'un bonnet en peau de mouton noir. La comtesse se familiarisa bientôt avec lui et lui demanda à visiter sa maison. Quand son mari la mena chez Abel, elle fut étonnée v de trouver un intérieur confortable et un si bon ameublement. Elle fut encore plus surprise quand elle vit la manière dont il soignait les femmes de sa famille, sa vieille mère, sa femme et sa sœur. 0 _ . , Le comte vécut heureux plusieurs années avec sa femme, qui lui donna deux enfants. Mais un jour éclata la terrible révolution 'le 1846. Le comte avait été entraîné dans la conspiration de la no-