Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 2 (1887)
- Article
- Sectes juives de la Galicie
- Date
- 1887-01-01
- Page
- Seite CLIV (sequence 14)
- Language
- French
- Belongs to
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CLIV ACTES ET CONFÉRENCES duit, comme la plante, comme l'arbre, comme l'animal. J'ai voulu l'expliquer en même temps par les milieux, les circonstances; les conditions dans lesquelles il yit. C'est la méthode que j'emploierai aussi pour les Hassidim. Pour les comprendre, il faut connaître le •pays où ils vivent, il faut connaître la Galicie. Figurez-vous, un instant, ces plaines sans limites, que le printemps transforme en. un large et long tapis de verdure, que l'été couvre de longs épis dorés, et où le triste hiver vient ensuite jeter son blanc manteau de neige. Quand le vent commence à souffler sur cet immense plaine, agitant" comme des vagues, aujourd'hui les jeunes pousses, demain les longs épis, et, plus tard, les flocons de neige, cette"plaine fait la même impression sur l'homme que la mer sans bornes se perdant dans le lointain. Voué savez que le marin, qtii passe -sa vie sur ce désert humide, devient laconique, sévère et triste. La plaine galicienne produit les mêmes effets. "L'homme, devant cette solitude, éprouve le sentiment de l'infini ôt rentre en lui-même. Voici maintenant les petites villes dans lesquelles demeurent les Juifs polonais. Les rues sont sombres, les maisons tristes, les chambres étroites, rarement visitées par le soleil. Dans ces petites pièces, vivent parfois deux, trois, quatre familles, semblables aux souris retirées dans de petits trous. Imaginez-vous dans cette solitude, loin du monde, loin de la civilisation, loin du chemin de fer et du télégraphe, enfermé dans une cellule, mélancolique, un homme à l'esprit vigoureux, ayant l'ardent désir de chercher la vérité, de connaître le monde, de percer le secret delà création, ayant une fantaisie ardente et un cœur passionné, enterré vivant, pour ainsi dire, dans ce réduit, ainsi qu'un prisonnier, ou une plante serrée dans un herbier; ne possédant d'autre source d'instruction que sa Kabbalah ou son Talmud, et vous comprendrez que ses aspirations le poussent à méditer constamment, qu'il devienne un rêveur, un exalté, et croie entendre la voix de Dieu, voir des anges et des démons. Non, les Hassidim ne sont point des trompeurs, ils sont tous des Hamlet ou des Faust. Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils deviennent à moitié fous.