Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 2 (1887)
- Article
- La prédication juive contemporaine en France
- Date
- 1887-01-01
- Page
- Seite CVII (sequence 13)
- Language
- French
- Belongs to
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LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE 'CVI1 -enfants mouraient à la maison atteints d'un mal subit. Beruria* la pieuse femme de Rabbi Méir, ne voulant pas troubler, pour son mari, la sainteté du jour du Sabbat, prit les cadavres des deux enfants, les déposa d'ans une pièce retirée de son appartement; puis, composant son visage et dévorânt Ses larmes, elle attendit son mari. Il revint à l'heure de midi et demanda : « Où sont les enfants? — Tu les verras plus tard, répondî t Beruria; prends ton repas et va rejoindre tes disciples. » Kabbi Méir repartit et ne rentra qu'à la nuit. Il demanda une seconde fois : « Où sont les enfants?— Tu les verras tout à l'heure, répondit Beruria; récite, en attendant, la prière de HaMala ». Quand il eut récité cette prière, BCrctria" s'approcha de lui et lui dit : « Maître, j'ai une question à t'adfesser. 11 y a quelques années, un homme, que ses affaires forcèrent à s'expatrier, me confia deux pierres précieuses d'une très grande valeur. Il est revenu et il me réclame le dépôt qu'il a remis naguère entre mes mains. Suis-je tenue de le lui rendre? — Peux-tu bien m'adres'ser une pareille question? s'écria Rabbi Méir. Ne sais-tu pas qu'un dépôt n'est pas une propriété? » Il eut a peine prononcé ces mots que Beruria le prit par la main, le conduisit dans la chambre où étaient étendus les cadavres des deux enfants, et, enlevant le drap qui les recouvrait, elle dit : « Voilà aussi deux pierres précieuses, deux trésors que le Seigneur nous avait confiés. Il nous les redemande aujourd'hui. Souvienstoi des paroles que tu as prononcées tout à l'heure : un dépôÊ n'est pas une propriété. » Rabbi Méir baissa la tête; des larmes silencieuses coulèrent le long de ses joues; puis, relevant ses regards vers le ciel, il récita les paroles de Job : l'Éternel a donné, l'Éternel a repris : que le nom de l'Éternel soit béni1! Enfin, l'un des caractères encore qui contribuent à donner aux sermons des rabbins leur physionomie propre, c'est la familiarité du ton, de l'expression, des peintures. Songeons, en effet, que l'auditoire auquel s'adressentnos rabbins' est très différent de celui devant lequel les prédicateurs catholiques parlent le plus souvent. Ceux-ci ont à instruire des auditeurs très nombreux et dont ils ne peuvent connaître un peu familièrement qu'une très faible partie; de là, presque toujours, pour eux, la nécessité des enseignements généraux et du style Soutenu. Tous les" membres, au contraire, de la petite communauté qui se presse autour du rabbin lui sont connus; les grandes communautés elles-mêmes ne sont encore qu'une minorité restreinte et distincte au milieu des flots de population dans lesquels 1 Cité par M. Isaac Lévy, Eloge funèùre de Léon Tréfousse, Vesoul, 1874.