Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 2 (1887)
- Article
- La prédication juive contemporaine en France
- Date
- 1887-01-01
- Page
- Seite CI (sequence 7)
- Language
- French
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LA PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CI ensuite, nierait l'utilité de ces pratiques, dont les unes, nous rappelant des souvenirs historiques, servent par là de soutiens.au dogme lui-même, tandis que les autres habituent notre corps à souffrir les privations de toute sorte et nous font plus forts pour les jours d'épreuve (l'histoire de nos aïeux l'a prouvé)? — Enfin, prenons garde que discuter sur une seule des prescriptions divines, c'est ébranler les autres, et qu'il faut ou les accepter toutes, car toutes émanent de la même autorité, ou les rejeter toutes, même celles qui 'protègent et assurent l'ordre de la société tout entière. La conclusion de cette ample argumentation est facile à déduire : nous ne pouvons nier qu'il n'y ait quelque chose de miraculeux dans la destinée d'Israël et dans la loi dont il a été le dépositaire; il faut donc avouer qu'une force supérieure, providentielle, intervient dans les affaires du monde. Mais il ne peut nous suffire de montrer que nos meilleurs prédicateurs ne sont pas inférieurs aux grands orateurs chrétiens dans l'art de composer un discours, d'ordonner un développement, de nourrir une démonstration d'arguments solides et bien liés : nous n'avons pas promis de faire voir seulement qu'ils sont égaux, mais qu'ils sont différents. A vrai dire, leur originalité se montre déjà dans le développement de certains thèmes communs aux prédicateurs de toutes les religions, l'utilité de la douleur par exemple. On sait que dans son beau sermon sur la Providence, prêché en K5621, Bossuet n'a, en réalité, traité que de cette question de l'existence du mal dans le monde et de la répartition, injuste en apparence, des biens et des maux. Après avoir réfuté les théories d'une philosophie orgueilleuse, qui s'obstine à nier que le sage soit sensible à la douleur, et les discours d'une aveugle superstition, qui veut toujours voir, dans le malheur dont un homme est frappé, une marque de la réprobation divine, Bossuet se réfugie, pour convaincre les incrédules, au fort même de l'objection que les incrédules lui présentent : oui, dit-il, le mal existe sur la terre et les hommes vertueux sont souvent mal- 1 Je ne rappelle ici que pour mémoire que nous avons deux sermons de Bossuet Sur la Providence, dont Floquet et Gandar ont* rétabli les dates longtemps méconnues, l'un prêché à Dijon en 1656, l'autre au Louvre en 1662.