Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LIX (sequence 11)
- Language
- French
- Belongs to
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LE JMF ÀU TflÉAïUË servi de type â ces mauvais^ réductions,- eoMme la Ténus deMilo a enfanté de« milliers de Vëif us m siiïïili-pierPê, en bronzé doré êt en guttà-pôrcha. Saiîs Shakëspeafê, M. Ferdinand Dugtté n'aurait pas composé ses drames. Eh bien, M. Dugué lui-même ne me fera pas regretter que Shakespeare ait existé. Dût-il nous montrer un Juif encore plus piteux que le Shylock atténué de son Juif de Venise êfc plus voleur que le Baînboccia de son Salvcùtor Bosaj je né me plaindrai jamais de l'infamie des personnages que cet auteur aura imaginés. Àu-déssus d'eux, je Terrai toujours la saisissante figure de Shylock, et, à côté de Shylock, Hamlet, lady Macbeth et Othello, Et il faut que les Israélites sachent gré à Shakespeare d'être venu au mondé, car* s'il n'avait pas créé son Shylock,* nos dramaturges auraient peut-être modelé leurs personnages juifs sur le Barrabas du Juif de Malte. Ah! voilà lin Juif qui né laisse rien ,à désirer! Marlowe lui a prêté toutes les atrocités qu'une imagination perverse peut concevoir; à éôté de ce personnage épouvantable, Shylock a l'air d'un agneau;. il n'est pas seulement cruel et rapace, celui-là : il est lâche, hypocrite* fourbe, pétri de bassesse et d'ignominie* On hè compte plus les crimes^U'il commet : il tue un moine; il accuse un innocent de ce meurtre et le fait condamner; il oblige deux amis à s'entr'égorger; il livré Malte aux Turcs* et, quand ceux-cisont dans la place, il offre aux chrétiens trahis par lui de précipiter ses nouveaux alliés dans des oubliettes... J'omets un incident : il empoisonne sa fille! On comprend qu'un personnage ainsi conçu révolte les cœurs sensibles. Et encore, non! Cet amas d'horreurs nous laisse froids : il y en a trop. Le héros du Juif de Malte me rappelle ces exhibitions foraines qui représentent « les mystères de l'Inquisition ». Le tableau des premières tortures vous impressionne; mais quand, les tortures s'aggravant et s'accumulant, on voit le patient subir en même temps tous les supplices, être tenaillé d'un côté, déchiqueté de l'autre, à la fois étranglé, noyé et brûlé, on se dit que le nombre de ces supplices a forcément amené l'insensibilité du supplicié et qu'en fin de compte, le malheureux n'a pas dû souflrir.