Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LVIII (sequence 10)
- Language
- French
- Belongs to
- chapter
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- IRI
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Lvm ACTËS ÈT CONFÉRENCES puisqu'il ne Ta pas encore publiée. Mais j'en ai trouvé le compte rendu dans les Archives Israélites. Le rédacteur de ce journal dit que M. Guifcot a plaidé « les circonstances atténuantes en faveur de Shakespeare » et que, malgré le charme de sa parole, il ne peut se flatter d'avoir obtenu l'acquittement de son client. Diable! le jury réuni ici l'an passé était donc bien sévère? Je tremble à la pensée que j'aurais pu parler devant lui; car, si j'avais eu à exprimer mon opinion sur l'auteur incriminé, je n'aurais pas hésité à l'acquitter haut la main! Shakespeare n'est pas responsable des préjugés du temps et du pays où il vivait. M. Mézières, qui l'a étudié comme M, Guizot, déclare que c'était déjà une singulière audace de sa part que d'oser mettre en parallèle des. chrétiens et des juifs et qu'en composant le personnage de Shylock tel qu'il l'a conçu* le grand dramaturge était en avance dé plus d'Un siècle sUr son époque1. C'est quelque chose, un siècle d'avance! Nous ne pouvons vraiment pas en vouloir à Shakespeare de n'avoir pas pensé en 1596 comme on pense ou plutôt comme on ne pense pas toujours en 1886. Et puis, oserai-je le dire? il ne me déplaît pas absôlument, cô Shylock qui fait horreur au critique des Archives. Si je n'éprouve pas pour lui la sympathie que nous devons témoigner aux seuls personnages bons et vertueux, je ne puis lui refuser une certaine part de mon estimé. Il est cruel, il est odieux; il n'est pas vil. Sa rapacité est moins aiguë que sa haine, et sa haine a de la grandeur. Quand le tribunal l'a condamné, il n'implore pas la clémence de ses juges; on lui fait grâce de la vie sans qu'il le demande; et lorsque, au lieu de confisquer tous ses biens, on sè contente de lui infliger une amende à la condition qu'il se soumettra humblement, il répoUd : « Eh bien, prenez ma vie et tout; ne me faites grâce de rien! » Ce h'ést pas d'une âme basse, cela. Je préfère de beaucoup ce Shylock féroce et fier à tous les petits Shylocks adoucis et efc laidis qui pullulent dans le théâtre contemporain sous les noms d'Abraham^ d'ISâac, de Jacôb, de Mârdochée ou de Zachariô. Il n'en demeure pas moins que là création dé Shakespeare a 1 A. rf&ières; Prtiécetèetoré e* téntempotttin» iè SUképt^ ëfcap. vr.