Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LV (sequence 7)
- Language
- French
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LE JUIF AU THÉÂTRE LV Baudet et Paul DèJair géraient indemnes dans l'affaire présente r l'exemple que j'ai pria perdrait-il de sa valeur? Ne faudrait-il pas en conclure précisément qu'au théâtre,, quoi qu'il arrive, en dépit des auteurs, des acteurs ou des directeurs, le juif n a pas le droit d'être « sympathique » comme l'ingénieur ou le vieux médecin? On m'opposera le cas de Y Ami Fritz, où le personnage du juif est si hautement glorifié* Mais ce juif est un rabbin, c'est-à-dire un juif „ exceptionnel; la majorité des israélites n'oserait t pas se flatter de ressembler à ce modèle de toutes les vertus, bien qu'il ait existé réellement et que MM. Érkmann-Chatrian l'aient eu sous les yeux autrefois dans la brave petite ville de Phalsbourg, Et puis* a-t-elle donc passé sans encombre, cette aimable idylle alsacienne? N'at-elle pas Choqué Ou déconcerté tout d'abord les spectateurs, qui n'admettaient pas qu'on pût faire une pièce de théâtre avec ce sujet aussi simple que nouveau : Un juif mariant deux chrétiens? On jtne citera encore une scène très applaudie dans les Mères ennemies, de M. Catulle Mendès. Au milieu d'un combat entre Russes et Polonais, quand ceux-ci vont succomber, un rabbin s'empare d'une 'J croix tombée à terre et, comme on veut l'en empêcher : « Ce n'est pas la croîx que je râmâssie, 8'écrie-t-ilj mais l'étendard de la Pologne! » Le mot est beau et la situation dramatique. Mais ce digne juif est encore un rabbih; l'héroïsme ëst un de ses devoirs... De plus, l'auteur de la pièce est israélite, dit-on. Je ne peux pas, en bonne conscience, lui faire un mérite d'avoir donné un beau rôle à l'un de ses coreligionnaires. Il faut être de bonne foi. Si l'on cherche des exceptions à la règle que j'invoque, j'en signalerai moi-même une : celle du Juif, de Désaugiers. Dans ce vaudeville représenté à Paris, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, lé 14 mëti 18?3, le joyeux chansonnier n'a pas craint de montrer un juif honnête ét bîéfifaisant. Voici comment : M. Pincé, « procureur »; M. Brillant, « petit-maître $; le ëieur Delaune, tailleur; Mme Descédules, « plâidôtlse »; Mlle Hortensë, actrice, se rendent de Paris à Orléans, eh compagnie de tticette, jeune personne sans profession, et de Isaac Samuel, « juif ». La diligence qui les transporte est arrêtée par des voleurs. Ceux-ci se