Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LIII (sequence 5)
- Language
- French
- Belongs to
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- IRI
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LE JUIF AU THÉÂTRE D'autre part, l'auteur du Demi-Monde a écrit1 : « Il est convenu qu'au théâtre le juif doit être grotesque. » Disons, pour mettre ces deux écrivains d'accord, que le juif sera tantôt odieux, tantôt grotesque, ou odieux et grotesque à la fois. MM. Dumas et d'Ennery n'en ont pas moins exprimé l'un et l'autre une Térité absolue. Ce n'est pas que le spectateur français — je ne parle que de celuilà pour le moment — déteste les juifs. Non, certes! Depuis la Révolution, qui leur a assuré des droits égaux à ceux des autres citoyens, les juifs français, fidèles à leurs devoirs, sont estimés de tous; et à Paris particulièrement, où les petites rivalités de clocher sont inconnues, ils ont pu nouer des amitiés solides avec les fervents de tous les cultes. Mais une convention supérieure à toutes les sympathies ou antipathies possibles a décidé du rôle que le juif devait jouer au théâtre, et le spectateur français est l'esclave de cette convention. Ce spectateur sera même très étonné, s'il a un israélite pour voisin, que Tisraélite ne partage pas son hilarité à propos de tel trait de mœurs ou de tel mot offensant pour la géné- J ralité des juifs. — Eh quoi! dira-t-il, vous ne riez pas? Vous prenez un air pincé... Pourquoi?... Ça ne vous atteint pas... C'est un mot très drôle et très connu... Je l'ai déjà entendu plusieurs fois... Mais plus les mots sont connus, plus ils font rire... Scribe l'a dit, et Sarcey l'a répété : c< C'est du théâtre! » Et elle est si puissante, cette convention, que les esprits les plus éloignés de la routine, ceux qui rêvent un théâtre nouveau, qui proclament ou prédisent la décadence de notre art dramatique, qui malmènent le public et gémissent sur son obstination à se repaître éternellement de vieilles ficelles, de situations usées, de mots rancis, ceux-là sont les premiers à se servir des mêmes mots, des mêmes situations, des mêmes ficelles, quand ils ont des juifs à mettre en scène; eux aussi ils font alors « la scène à faire », et, quand elle est faite> ils s'écrient : « C'est du théâtre! » Voulez-vous un exemple? 1 Préface de la Ftmme de Claude.