Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LII (sequence 4)
- Language
- French
- Belongs to
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- IRI
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ACTES ET CONFÉRENCES Juifs de JStérida, de M... (le nom m'échappe, mais je puis vous dire que la pièce est en vers), et quantité d'autres Juifs ou Juives, parmi lesquels je signalerai un Juif Errant, de MM. Merville et Maillan, « drame fantastique » représenté, le 31 juillet 1834, à l'Ambigu-Comique, et bien fantastique, en effet, comme on peut en juger par les noms des personnages que je copie scrupuleusement dans leur ordre : Isaac Ahasvérus, Satan, Simon, l'archange Michel, Barrabas, Renaud de Bar, Jean Dubarry, Louis XVt M. de Sartine, Manassès, Puck, Ariel, Napoléon, Franklin, Marc-Aurèle, le Temps, Esther, Rachel, Mmo Dubarry, Mme de Pompadour, Lilith, la Mort et les Sept péchés capitaux. J'ai lu aussi, pour ne parler que des pièces oubliées, Clotïlde, de Frédéric Soulié; VImpératrice et la Juive, d'Anicet Bourgeois; les Enfers de Paris, de Lambert Thiboust; Salvalor Bosa, de M. Dugué, déjà nommé; On demande un gouverneur, de M. Decourcelle.. etc. Cela ne m'a pas suffi. Dans la crainte d'omettre quelque œuvre intéressante, j'ai demandé à l'un des grands producteurs du théâtre contemporain, à M. Adolphe d'Ennery, s'il ne connaissait pas d'autres pièces où figurent des juifs, s'il n'en avait pas composé" luimême. — Non 1 m'a-t-il répondu, jamais, et la raison en est bien simple. J'estime qu'au théâtre il ne faut pas lutter contre le sentiment pu - blic^ Le premier devoir de l'auteur est de plaire au spectateur, c'est-à-dire de respecter ses goûts et ses habitudes,.. Si j'avais mis un juif en scène, j'aurais été_ naturellement obligé d'en faire un usurier, ou un escroc, ou un traître..., un vilain personnage enfin. Cela m'aurait été désagréable, puisque je suis moi-même d'origine juive. Qu'ai-je fait alors? J'ai supprimé le juif radicalement. Vous n'en trouverez pas un seul dans mon théâtre. En revanche, vous y rencontrerez nombre de missionnaires catholiques qui se jettent au milieu des flammes pour sauver des enfants en péril, et, si je n'ai pas inventé « la croix de ma mère », comme on l'a dit, je l'ai du moins bien perfectionnée! ■ Cette réponse m'a paru si topique que j'ai songé à la prendre pour épigraphe. Oui, Mesdames et Messieurs, l'auteur de la Grâce de Dieu l'a parfaitement dit : « Au théâtre, le juif doit être odieux, »