Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Rapport sur les publications de la Société pendant l'année 1884-1885
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite XXXIII (sequence 14)
- Language
- French
- Belongs to
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- IRI
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RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXXIII La partie de la haggada la mieux représentée dans nos publications est celle dés contes populaires. Rien de plus curieux que de suivre les destinées de ces modestes récits, passant de bouche en ' bouche et se transformant successivement sous l'influence des différents milieux : on dirait un ruisseau qui roule toujours la même eau, mais change de couleur suivant les terrains qu'il traverse et les paysages qu'il reflète. Vous n'avez pas oublié l'exemple classique d'une évolution de ce genre, que nous donnait na<- guère M. Gaston Paris dans sa conférence sur la Parabole des trois anneaux, tour à tour mise au service du judaïsme, où elle. est née, du christianisme médiéval et du scepticisme de Boçcace et. de Lessing1. M. Israël Lévi a essayé de même de reconstituer la filiation de trois contes célèbres, l'un juif (Le Chameau borgne), l'autre arabe (Les Trois conseils de Salomon), le dernier chrétien (l'Histoire d'un homme qui ne voulait pas jurer) 2. Ces échanges de traditions populaires se sont faits quelquefois à une date si reculée qu'il devient difficile de savoir qui a été le prêteur et qui l'emprunteur. La controverse de M. Lévi et-> de M. Halévy, au sujet de l'origine de la légende de Ben Talmion, n'est pas arrivée à une conclusion positive : entre la source juive et la source chrétienne, . il est permis d'hésiter; peut-être M. Lévi a-t-il raison de revendiquer le mérite de l'invention primitive pour un troisième auteur, un vieux conteur sanscrit; mais quoi, si ce troisième auteur n'était lui-même qu'un troisième larron 3? Ce qu'il faut surtout retenir, à propos de ces échanges de contes entre juifs, musulmans et chrétiens dans les premiers siècles du moyen âge, * c'est qu'ils se sont opérés souvent par la voie de la tradition orale, et témoignent par suite, comme l'a finement remarqué M. Lévi, de rapports moins tendus entre les différents cultes qu'on ne se l'imagine d'ordinaire. Cette induction recevrait une confirmation nouvelle et inattendue s'il fallait croire avec M. Joseph Halévy que le titre du célèbre recueil de contes indo-persans Kalila wa Dimna se retrouve dans le Talmud. Le passage où M. Halévy 1 XI, 1. * XI, 209. 3 X, 60 et 66. ACT. ET CONF., T. I. 3