Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le péché originel et la femme d'après le récit de la Genèse
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite XVII (sequence 13)
- Language
- French
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LE PÉCHÉ ORIGINEL ET LA FEMME XVII leurs, j'ai écarté à 'dessein-de cette étude tout ce qui touche à Tordre politique. On ne le croira pas, et cependant c'est la vérité, dans aucun temps, sans excepter celui de la chevalerie, la femme n'a reçu des hommages comparables à ceux que lui ont décernés, pendant la seconde moitié de notre siècle, deux sectes fameuses : le Saint- Simonisme et le positivisme. Personne n?ignore qu'un des rêves poursuivis par le Saint-Simonisme était de faire de ce monde un lieu de délices où toutes les passions deviendraient libres, où tous les plaisirs seraient permis, où nulle peine, nulle contrainte, nulle misère ne subsisteraient. « Le Paradis terrestre, disait le fondateur de la secte, le Paradis terrestre, qu'une aveugle tradition a placé derrière nous, est devant nous. » Il voulait dire qu'il serait réalisé dans Tavenir. Sur ce Paradis terrestre, la femme, rentrée en possession de son prestige évanoui ou méconnu, de ses facultés perdues ou paralysées, la femm'e libre, comme on l'appelait, devrait régner en souveraine absolue, devrait représenter la loi vivante, une'incarnation de Dieu dans l'espèce humaine, sous la condition d'exercer son pouvoir avec la participation indivisible de l'homme le plus accompli, investi du titre de Père suprême de l'humanité. Cette femme merveilleuse, on ne l'avait pas encore rencontrée au moment où le Saint-Simonisme mourut, et Enfantin, qui en était le chef, qui se croyait par là même le chef du genre humain, ne paraissait jamais en public sans laisser un fauteuil vide à côté du sien. Sans imiter cette mise en scène, le fondateur du positivisme, Auguste Comte, avait la même pensée et allait peut être encore plus loin que le père Enfantin. Ce n'était pas seulement l'égalité qu'il voulait établir entre l'homme et la femme, il accordait à la femme la supériorité. Ayant fait un dogme de l'athéisme, il eut cependant l'ambition de fonder une religion dont lui, Auguste Comte, était le grand-prêtre et à laquelle l'humanité tenait lieu de divinité. C'était la femme qui représentait l'humanité sous les traits d'une jeune mère tenant son fils entre les bras. Indépendamment de'ce culte public, il exigea pour elle un culte privé. Chacun, selon lui, et conformément aux prescriptions de son Catéchisme positiviste, ACT. ET CONF.f T. I.* 2