Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le péché originel et la femme d'après le récit de la Genèse
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite XVI (sequence 12)
- Language
- French
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XVI ACTËS ET CONFÉRENCES Mais il ne faut pas que j'oublie un incident des plus extraordinaires qui a pris naissance entre la chevalerie et l'hôtel de Rambouillet, à l'époque la plus brillante et la plus érudite de la Renaissance. Vers l'an 1547, un prêtre catholique, professeur de mathématiques et de langues orientales au Collège de France, ou Collège Royal, comme on l'appelait alors, Guillaume Postel, se trouvant à Venise, fit la rencontre d'une femme qui, avec plus de pureté, voulut jouer le rôle d'Hélène-Ennoia. Elle prétendait que le Christ, ayant revêtu la forme masculine de l'humanité, n'avait pu sauver que la partie masculine de notre âme (animus) et qu'il fallait une femme pour en sauver la partie féminine (anima). Elle prétendait être cette incarnation féminine de l'essence divine ou ce sauveur féminin. Postel, qui était du reste un adepte de la Kabbale, un commentateur du Seplier Yecira, eut foi dans cette illuminée, qu'on appelait la mère ■ Jeanne ou la Vierge vénitienne, la Vergine veneziana. Il prêcha partout la nouvelle révélation qu'elle se vantait d'avoir apportée et se dit lui-même « le fils aîné de la régénération » L'esprit de la Renaissance est un esprit d'incrédulité, et l'apostolat de Postel eut peu de succès, quoiqu'il durât plus de trente ans. Mais le xviiic siècle aussi est un siècle incrédule, irréligieux, révolutionnaire. C'est précisément en se laissant glisser sur cette pente, qu'il fut amené à donner aux femmes un grand pouvoir. C'était pour lui comme une façon de protester contre le péché originel. Personne n'ignore l'influence qu'exercèrent sur les esprits, soit dans la politique, soit dans les lettres,- soit dans les arts, les salons de Mmc Geoffrin, de Mme Necker, la mère de Mmo de Staël, et, pendant un court intervalle, celui de Mme Roland. Sans compter Mm° Tallien, on sait ce que furent, depuis la fin de la période révolutionnaire jusqu'aux premières années de la Restauration, Mme de Staël et Mrac Récamier. L'empereur, au comble de la gloire et de la . puissance, se montra jaloux de l'admiration excitée par le génie de la première et par la beauté de la seconde. On serait peut-être étonné si, après et même avant tous ces noms, je ne citais pas celui de l'impératrice de Russie, Catherine II. Mais si l'épouse criminelle de Pierre III a puissamment relevé l'empire des tzars, il est douteux qu'elle ait rendu le même service à l'honneur de son sexe. D'ail-