Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le péché originel et la femme d'après le récit de la Genèse
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite XIII (sequence 9)
- Language
- French
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LÉ PÉCHÉ ORIGINEL ET LA FEMME XIII et non pas la fille de l'animalité. Ce court passage de l'antique Genèse est-plus précieux pour la science, pour l'histoire naturelle comme pour la philosophie, que tous les maussades volumes de Darwin, de Haeckel et d'Herbert Spencer, que toutes ces théories -malsaines si accréditées aujourd'hui, qui font de l'homme l'arrièreneveu de l'orang-outang ou du gorille. Qu'on ose dire, après cela, que le Dieu de la Bible est un dieu national et non le Dieu du genre humain! Là point de doute ni d'équivoque. La femme n'est pas sortied'une côte, elle est l'égale et la contemporaine de l'homme. Point de serpent pour la séduire et exercer sur elle l'ascendant d'un esprit supérieur. Tous les deux, la femme aussi bien que l'homme, tiendront en leur pouvoir tous les animaux qui vivent sur la surface de la terre. Et cette puissance commune leur est accordée sans condition et sans restriction, aussi bien en dehors qu'en dedans du jardin d'Eden, dont il n'est d'ailleurs pas question. Voulez-vous savoir sïl y a des arbres dont Dieu leur a défendu de manger les fruits? Ecoutez ceci, c'est la suite du chapitre qtte j'ai cité : « Dieu dit : Voici que je vous ai donné toute plante portant semence sur la surface de la terre et tout arbre ayant son fruit et portant sa semence. Vous vous en servirez pour votre nourriture1. » Qu'est-ce donc que cette histoire du Paradis terrestre, plus exactement du jardin d'Eden, qu'on nous raconte un peu plus loin? Pas autre chose qu'une charmante allégorie dont le voile léger nous laisse apercevoir les premiers commencements de la race humaine. Je dirais volontiers que c'est le premier germe de la philosophie de l'histoire. N'ayant point le discernement du bien et du mal et pas davantage, selon la juste observation de Maïmonide, celui du beau et du laid; n'ayant pas la conscience de leur nudité et le sentiment de la pudeur; ne sachant pas faire la différence de la vie et de la mort puisque la mort n'avait pas encore paru et que les fruits de l'arbre de vie léur étaient défendus, c'est-à-dire leur étaient inconnus, 1 Gen., ch. i, 29.