Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le péché originel et la femme d'après le récit de la Genèse
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite XI (sequence 7)
- Language
- French
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LE PÉCHÉ ORIGINEL ET LA FEMME XI de ses faces; il faut maintenant que nous examinions le rôle qu'on y a fait jouer à la femme. Sur ce point, l'opinion vulgaire, l'opinion commune du judaïsme diffère peu de celle qui a été adoptée par la grande majorité des théologiens chrétiens. C'est le démon, sous la forme du serpent, qui a poussé la femme à manger du fruit défendu, et c'est la femme qui en a fait manger à son mari. Heureusement, la femme a trouvé des défenseurs dans les deux camps, et ce ne sont pas des chevaliers errants sans renom et sans prestige. Du côté de la Synagogue, c'est un grand philosophe du premier siècle de notre ère, antérieur même à l'auteur de l'Evangile, et un* grand docteur, métaphysicien hardi et-talmudiste orthodoxe du xne siècle; je parle de Philon et de Maïmonide. Du côté de l'Eglise, ce sont deux Pères, et non pas deux hérétiques, deux Pères d'une grande autorité dans l'Église grecque, Origène et Clément d'Alexandrie. Les trois Alexandrins, le philosophe juif et*les deux théologiens chrétiens, font disparaître non seulement le crime, maïs le corps du délit et le lieu même où l'on prétend qu'il a été commis. Pour tous les trois, mais c'est Philon qui a donné l'exemple, toute l'histoire de la création, telle que nous la lisons dans les premiers chapitres de la Genèse, n'est que l'exposition figurée d'une doctrine métaphysique sur l'origine des choses. Les six jours que Dieu a mis à accomplir son œuvre ne sont pas des jours ayant un soir et un matin, ce sont" six époques ou six périodes pendant lesquelles les différents êtres dont l'univers se compose ont fait leur apparition dans l'immensité et ont pris un rang approprié à leur importance respective. Lorsqu'on ajoute que le septième jour Dieu se reposa, cela veut dire qu'il fixa pour toujours l'ordre qu'il avait établi dans la nature, les lois qu'il lui avait données, les attributs distinetifs des animaux et des corps inanimés. Le Paradis terrestre disparaît avec le texte du récit biblique. Aucun homme de bon sens, dit Origène, ne pourra se figurer que Dieu ait planté un jardin dans lequel il s'est promené comme une créature humaine; qu'il y ait eu, dans ce jardin, deux arbres dont les fruits, quand on les mangeait, donnaient les uns la science, les autres la vie éternelle. Cela nous paraît extrêmement hardi aujourd'hui; mais nous ne voyons point par