Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 4 (1889)
- Article
- Le Talmud
- Date
- 1889-01-01
- Page
- Seite CCCXCII (sequence 12)
- Language
- French
- Belongs to
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CCCXCII ACTES ET CONFÉRENCES Et la discussion continue pendant sept pages entières sûr cette Michna do trois lignes. L'on voit que la Ghemàra, dans la partie halakhique, revêt la forme du dialogue. Mais il ne faut pas songer aux dialogues de Platon, à ces dialogues vraiment vivants, où Ton ne voit pas seulement des pensées qui se heurtent et s'entrechoquent, mais des âmes avec leurs passions, leurs sentiments, avec tout ce qui les fait humaines. Ici, c'est la dialectique sous sa forme la plus sèche et la plus ardue. Ce ne sont point des hommes qui discutent, mais des noms et des arguments. Aussi quel style, si Ton peut donner le nom de style à l'espèce de langage qui enveloppe ces discussions I Tantôt c'est une phraséologie diffuse où l'idée se traîne péniblement, affublée d'une dizaine de mots au lieu de trois ou quatre qui pourraient lui suffire; tantôt, au contraire, c'est une concision désespérante où une lettre est un mot et un mot une phrase. Des questions dont le développement prendrait des lignes sont renfermées dans un seul terme, et lui sont comme suspendues et accrochées. Il y a des .formules spéciales où des idées entières semblent être venues se déposer et se cristalliser. Les deux mots Alama flienan (verum cur dotent) veulent dire : *« Mais si tu prétends que la thèse contraire à celle que je soutiens est seule vraie, pourquoi enseigne-t-on? » — Le mot Minaïan (unde nodis?) qu'on trouve en tête de nombre de Ghemaras veut dire : « Quelle est l'origine delà décision de la Michna! » Maïs comme d'ordinaire une Michna en renferme plusieurs, ce n'est que la réponse et les objections faites à cette réponse qui peuvent éclairer la pensée. Supprimez le commentaire de Rachi, ce chefd'œuvre de précision et de clarté, et, pour un talmudiste même exercé, le Talmud est presque énigmatique. Prenez le Dictionnaire talmudique de Buxtorf (je ne parle pas de grammaire, il n'en existe pas encore de la langue de la Ghemara); mettez ce lexique aux mains d|un savant qui possède si bien que ce soit l'hébreu et l'araméen, mais n'a jamais vu de Talmud : il lui sera impossible d'en déchiffrer une page. Nous disons déchiffrer, et l'image n'est pas exagérée; c'est bien un véritable texte d'hiéroglyphes ou d'inscriptions en caractères inconnus que l'on a devant soi, et cela