Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 2 (1887)
- Article
- La prédication juive contemporaine en France
- Date
- 1887-01-01
- Page
- Seite CXV (sequence 21)
- Language
- French
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LA. PRÉDICATION JUIVE CONTEMPORAINE EN FRANCE CXV elle se manifeste? — Les œuvres sont supérieures à la foi, on nous le dit souvent. Alors, qu'importe la foi? l'œuvre est "bonne, il suffit. Ecoutez : c'est la foi qui produit les œuvres; la foi est la racine, si les œuvres sont l'arbre et les fruits. » C'est la doctrine du juste milieu; et, tout en là vantant, je sais bien quels en peuvent être les périls. Car, à se maintenir toujours dans les bornes de la raison, à se défier de tout ce qui paraît excessif, ne risque-t-on pas d'appauvrir l'éloquence religieuse? Où retrouverons-nous dans ces discours si sages," quelque chose de ce feu véhément dont semblait dévorée l'âme d'un Lacordaire? Ah! messieurs, n'allez pas croire que le prédicateur juif, pour sage et raisonnable que soit sa doctrine, ne trouve pas, lui aussi, dans l'ardeur de sa foi, le secret des mouvements sublimes! Mais il a cette bonne fortune que la foi ne l'inspire pas même toute seule, et que les souvenirs encore de l'histoire de soi* peuple peuvent exalter son âme et développer en iui des sentiments d'une incomparable grandeur. Je n'en veux pour témoin que cette dernière citation. L'orateur répond à ceux qui accusent les Juifs de ne jamais s'être dévoués à-la propagation de la vérité religieuse : Quand cent mille Juifs, dit-il, montèrent sur les bûchers en s'écriant : « Écoute, Israël, l'Éternel, notre Dieu, l'Éternel est un; » quand cent mille Juifs subirent le supplice de la faim, le supplice de l'esclavage, plutôt que d'apostasier; quand cent mille Juifs, chassés, spoliés et arrivant presque nus dans des pays étrangers, n'avaient rien de plus pressé que d'élever des maisons pour prier Dieu et des écoles pour étudier la Loi; en présence de telles manifestations, de telles prédications., a-t-on le droit de nous contester notre titre de pontifes et de nous dire : « Qu'avez-vous fait pour la foi? » Ah! vous qui avez déchiré le sein de votre mère, laissez-nous ce légitime orgueil de nous appeler Mamlechet Kohanim, royaume de pontifes! Nous n'avons pas envoyé nos missionnaires dans le monde! Nous avons été tous des missionnaires; nous sommes allés tous vers les nations, et, avec le burin que nous avions trempé dans notre propre sang, nous avons gravé dans leur cœur la loi du Dieu un, la loi de justice et d'amour. Cet admirable passage, comparable, suivant moi, à tous les plus beaux mouvements des orateurs religieux les plus renommés, beaucoup d'entre vous, messieurs, ont conscience de ne pas l'entendre