Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Journal
- Actes et conférences de la Société des Études Juives
- Volume
- 1 (1886)
- Article
- Le juif au théâtre
- Date
- 1886-01-01
- Page
- Seite LXVIII (sequence 20)
- Language
- French
- Belongs to
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LXVIH ACTES ET CONFÉRENCES Je n'entends pas désigner ainsi, comme on pourrait le croire, le Juif qui, honteux de son origine, veut la faire oublier en se mêlant au monde dit bien pensant et se donne l'air d'un parfait catholique... Non I c'est juste le contraire : le personnage dont je veux parler est un catholique qui se fait passer pour Juif 1 C'est au théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 5 octobre 1876, que ce personnage a fait son apparition. Il appartient à M. Louis Davyl et figure sous le nom d'Esdras dans un drame composé par cet auteur et intitulé Coq-Hardy. Ledit Esdras, qui s'appelle en réalité Moreau, a remarqué que les Juifs se soutiennent mutuellement et deviennent tous riches. Il s'est donc fait passer pour Juif, et c'est ôn cette qualité qu'il tient une auberge fréquentée par des soudards catholiques. Mais savezvous où et quand l'action se passe? A Paris, en pleine Fronde, c'est-à-dire après la publication de l'édit de Louis XIII qui interdisait toute accointance avec les Juifs sous peine de mort! C'était bien le moment, comme on voit, de prendre le nom d'Esdras! Nous connaissions la fable du Loup qui revêt une peau de mouton pour s'introduire dans une bergerie; l'idée du loup ^employant le même déguisement pour aller vivre avec les lions est peut-être plus originale : elle est à coup sûr moins heureuse. Ce n'est pas tout. Pour qu'on ne doute pas de son judaïsme, Esdras feint une extrême dévotion : il ne se contente pas ^d'observer le repos du sabbat et d'être assidu à la synagogue; il se promène sans cesse avec une Bible qu'il lit à haute voix. Voulez-vous que je vous cite un des passages de cette Bible, pris dans la pièce : « Alors Jésus leur dit... » Le Juif de M. Davyl lit le Nouveau Testament! Cette fièvre d'anachronismes avait gagné jusqu'au décorateur. Un des actes de la pièce se passe à Saint-Germain : la toile du fond représentait l'aqueduc de Marly! Esdras n'eut pas, d'ailleurs, le succès qu'il ambitionnait. « L'épisode du Juif, dit M. Auguste Vitu, appartient à un genre littéraire fort pénible : celui du comique qui ne fait pas rire. » Mais, en revanche, que de trouvailles plaisantes dans la partie dramatique de la pièce! « Soyez heureux, monsieur le cardinal, s'écrie Coq-